Etat des lieux de la TVOD: pas brillant!

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Suite à  l’acquisition d’un ipod vidéo, j’ai commencé à  m’intéresser sérieusement à  la TVOD (Télévision à  la demande) et je dois dire que je suis assez déçu par ce qui existe. Je ne parle pas des vidéos amateur (youtube, dailymotion, etc), ni des offres de téléchargement légal de films (canalplay, tf1vision, etc), mais bien de ce que l’on nous propose comme contenu professionnel au niveau documentaires et autres émissions télé. A l’heure actuelle, les chaînes télé semblent toutes hésiter à  investir la toile. Pourtant les faits sont la:

* De plus en plus d’équipements permettent de visualiser de la vidéo (ordinateurs, balladeurs vidéos, lecteurs DVD portables, smartphones, etc) et le grand public achète ces équipements en masse.
* Les gens passent de moins en moins de temps devant leur télé, et de plus en plus sur Internet.
* Nous évoluons dans une société avide d’images.

Il me semble donc naturel pour une chaîne télé de commencer à  diffuser, même partiellement, ses programmes sur le net, en rendant disponibles au moins ses émissions phares sous forme de podcasts vidéos, afin que chacun puisse s’abonner aux émissions qui l’intéresse (pour être automatiquement informé des nouveautés) et surtout pour que chacun puisse consulter ces mêmes émissions sur le support qu’il souhaite. Car n’oublions pas que l’écran télé n’est qu’un support! Cela me semble d’autant plus naturel que s’il y a bien un domaine ou nous sommes habitués à  dévorer de la pub, c’est celui de la télé. Donc personne ne s’étonnera de retrouver son podcast de “Capital” ou “d’Envoyé Spécial” entrecoupé de pub, comme c’est le cas lors d’une diffusion hertzienne. Bref, il me semble évident qu’une chaîne de télé a tout à  gagner à  diffuser son contenu sous forme de podcasts vidéos:

* elle diversifie son public et peut toucher des gens qui se détournent de la “télé de papa” et on le désir de consommer autrement la télé.
* elle peut vendre aux annonceurs des écrans de publicités comme d’habitude, voire même mieux que d’habitude: les outils de statistiques du web permettent de disposer de données bien plus ciblées sur les consommateurs… Et un consommateur “qualifi锝, tout le monde le sait, cela vaut bien plus cher qu’un consommateur “lambda”.
* la mise en oeuvre est aisée et les coûts de l’architecture technique peuvent être faibles en s’appuyant sur des technologies comme le P2P ou bien comme Amazon S3 pour le stockage et la diffusion des émissions.

Malgré tout cela, l’offre est quasi-inexistante. LCI est le seul bon élève de la classe, en proposant un certain nombre de ses émissions sous forme de podcasts vidéo. Pour le reste, les initiatives de nos grandes chaînes nationales démontrent qu’elles n’ont pas beaucoup réfléchit au sujet, et c’est bien dommage:

* France Télévision propose certaines de ces émissions en streaming au format WMV, ce qui veut dire que le seul moyen de consulter ces vidéos, c’est en restant devant un ordinateur connecté à  Internet. Tant pis pour toi si tu aurais préférés regarder cela dans le train ou dans le métro lors de tes 1h30 de trajet quotidien 🙁
* Canal Plus a fait le même choix, sauf qu’en plus, le format de vidéos WMV qu’ils utilisent n’est pas lisible correctement sous Mac sauf en installant une vieille version du lecteur video de Microsoft, alors que Microsoft ne supporte plus du tout ce logiciel. C’est vraiment dommage car on retrouve pourtant un grand nombre des émissions diffusées en clair sur Canal (le grand journal, le zapping, tentations 06, l’effet papillon, etc.).
* M6 propose Capital et les émissions spéciales de E=M6, comme les autres, au format WMV, mais avec en plus des DRM qui rendent la lecture totalement impossible ailleurs que sur un PC et qui limitent dans le temps la consultation de l’émission.
* Arte ne propose ses documentaires que contre monnaie sonnante et trébuchante: désolé mais je ne suis pas prêt a payer pour un documentaire dont je ne connais pas le contenu, que je ne visionnerais probablement qu’une seule fois au mieux et que j’aurais pu voir à  la télé si j’avais pensé à  programmer mon magnétoscope numérique.
* Quand aux nombreuses chaînes du câble, c’est quasiment le désert total, alors qu’encore plus que les grandes chaînes nationales, ces chaînes ont besoin de visibilité pour vivre!

Concernant la mise à  disposition en streaming des contenus, il faut reconnaître que c’est un pas dans la bonne direction, mais cela ne suffit pas: ces contenus doivent être disponibles “offline” pour que nous puissions réellement les regarder quand on veut et surtout dans un format lisible partout. Si ce n’est pas les télés qui le font, ce sera les internautes : aujourd’hui en cherchant bien, il est possible d’enregistrer sur son disque dur des contenus prévus pour n’être disponibles qu’en streaming, et il est sûrement possible de casser les protections électroniques mises sur les vidéos. On peut aussi, avec de la patience, enregistrer les émissions télés via un magnétoscope numérique, puis les convertir dans des formats exploitables sur n’importe quel baladeur. Bref, le système D peut faire que tout ces contenus que les chaînes hésitent à  mettre en libre accès sur le net aujourd’hui, seront peut-être disponibles en téléchargement illégal sur les plates-formes de P2P demain: il n’y a qu’à  voir ce qu’il se passe avec les sitcoms, disponible le jour même de leur diffusion sur les différents réseau P2P. Est ce que personne n’a tiré d’enseignement de ce qui s’est passé dans l’industrie musicale?

Il ne faut pas se leurrer, actuellement, seules les chaînes de TV disposent de la puissance de feu nécessaire pour assurer la diffusion des émissions de qualité, puisque ce sont elles qui commandent ces émissions aux boites de productions, en les finançant généralement par leurs recettes publicitaires. Nous sommes donc dépendant du bon vouloir des chaines. Mais comme pratiquement plus aucune chaîne ne produit elle-même ses contenus, cela veut dire aussi que les chaînes de télés ne sont plus que des intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Et demain, pourquoi le producteur ne s’adresserait il pas directement au consommateur, en proposant lui-même ses émissions via Internet, sans contraintes de format, et en récoltant lui-même l’argent de la publicité? A mon avis, ce n’est pas si irréaliste que cela comme idée, et je suis sur que certains cogitent déjà  sur le moyen de se substituer aux chaînes de télé pour récolter une part des formidables recettes publicitaires que ce marché engendre.

Bref, tout cela pour dire que pour le moment, la TVOD, c’est pas terrible, mais qu’il y a encore de l’espoir, et demain je me dit que chacun pourra regarder son émission préférée sur son téléphone ou son baladeur vidéo quand ça lui chante, mais pourquoi attendre demain alors que cela peut être fait tout de suite? Et toi tu en penses quoi?